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Interview de Barbara Bessat-Lelarge éditrice de Castelmore

Barbara Bessat-Lelarge, éditrice chez Castelmore

Fantasy Gate: Quelle est la genèse de Castelmore? Et pourquoi avoir choisi Castelmore ?

Barbara Bessat-Lelarge : Elle est liée au fait que j’ai été libraire jeunesse pendant une dizaine d’années, et j’ai eu envie de voir ce qui se passer de l’autre côté de la barrière. Il y a 4ans j’étais au Salon du livre de Montreuil, j’ai participé à un débat avec l’éditrice du Diable Vert et Alain Névant, qui est un des grands chefs de Bragelonne. On a commencé à discuter jeunesse, donc plus particulièrement avec Alain Névant, et je lui ai fait part de mon souhait de faire de l’édition jeunesse, parce que moi, ce qui m’intéresse le plus c’est les ados. Il m’a dit que c’était un projet intéressant il fallait en discuter. Et voilà comment trois ans plus tard, après avoir monté le projet ensemble Castelmore est née. J’ai monté ma collection, j’ai créé ma ligne éditoriale. Et puis comme on est rattaché à Bragelonne, j’ai voulu prendre un nom de label qui correspond à l’univers. Bragelonne et Milady viennent des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, donc j’ai choisi Castelmore ; c’est le château où a grandi le personnage qui a inspiré D’Artagnan.

Fantasy Gate : Pourquoi avoir choisi le créneau du « Young Adult », est-ce parce que tu as un passé de libraire jeunesse ?

Barbara Bessat-Lelarge : Voilà. C’est un secteur assez récent que j’ai vu émergé et qui a pris de plus en plus d’importance. C’est assez intéressant parce qu’on se réinvente sans arrêt. Il n’y a pas un genre en particulier. Les genres qui se mélangent pour donner quelques choses de nouveau et c’est passionnant.

Fantasy Gate : Actuellement dans le catalogue de Castelmore, il y a peu de Fantasy pure et dure, c’est plutôt majoritairement des histoires de vampires. Est-ce que ça va changer ? Est-ce qu’il va y avoir un peu plus de Fantasy type « quest » avec de la magie, des personnages nouveaux ?

Barbara Bessat-Lelarge : Alors, comme je le disais, en jeunesse, on se réinvente sans arrêt. Trouver de la Fantasy pure et dure ce n’est pas forcément évident. Et dans la majorité des cas, elle atterrit chez Bragelonne, ce qui est logique. Nous avons tenté avec Cinda William Chima et la saga « Les Sept Royaumes » de l’éditer à la fois en jeunesse et pour les adultes. On se rend compte qu’en jeunesse, ça marche très bien. Donc quand on trouve des textes de Fantasy, on se jette dessus, on a envie de les faire partager. Forcément, ce sont nos premiers amours. Il y en aura un petit peu en 2012. On essaie d’en trouver, mais ce n’est pas ce qui vient en premier dans la production et dans ce qui se fait en ce moment. C’est plus au niveau des écrivains que la Fantasy n’est pas sur le devant de la scène pour le moment. Et c’est pour ça que jusqu’ici, les vampires occupaient cette place. Voilà, je pense que c’est plus une question d’air du temps qu’une volonté pour nous de dire que la Fantasy n’est pas notre « cam », non, au contraire, c’est vraiment ce qu’on. Mais il n’y en a pas tant que ça. Sinon, les dystopies arrivent maintenant en force.

Fantasy Gate : Et justement comment vous faites pour sélectionner un manuscrit, comment ça se passe ?

Barbara Bessat-Lelarge : Alors on est en relation avec des agents qui connaissent nos lignes éditoriales. Ils nous proposent des titres qui pourraient correspondre. Donc il y a à la fois ça et à la fois moi, de mon côté, je regarde aussi ce qui se passe sur internet, des parutions des éditeurs que les agents ne nous auraient pas forcement transmis et parfois, on découvre des choses intéressantes par nous-mêmes. Donc il y a ces deux cas-là, ce qu’on nous envoie et ce que nous allons chercher nous-mêmes.

Fantasy Gate : Et par exemple pour «Éphémère» de Lauren Destefano, puisque c’est son premier roman, et c’est le coup de cœur Castelmore de cette fin d’année. Comment tu l’as découvert ? Est-ce que c’est via les contacts éditeurs ou sur internet ?

Barbara Bessat-Lelarge : C’est par des contacts en fait, c’est un agent qu’on connait très bien qui s’occupe de Lauren Destefano. Son agent nous a envoyé un mail en disant qu’il fallait absolument qu’on lise ce roman : « c’est extraordinaire et j’en pleure encore ». On s’est penché sur ce manuscrit, nous avons aussi des lecteurs et des lectrices qui travaillent avec nous, parce qu’on reçoit beaucoup de textes… enfin voilà, une de nos lectrices l’a lu et nous a dit la même chose : « il faut absolument que vous le publiiez, c’est un texte d’une force incroyable ». Et donc voilà, on a foncé !

Fantasy Gate : Et je voudrais savoir si comme Bragelonne et Milady, il va y avoir une ouverture pour publier des auteurs francophones ?

Barbara Bessat-Lelarge : Chez Castelmore aussi, on va avoir notre premier roman en français qui va sortir au premier semestre. Je n’ai pas de date exacte à donner parce que l’auteur est encore au stade de l’écriture. C’est du fantastique, mais il n’y a pas vraiment de genre définissable. Le titre dont je le rapprocherais le plus c’est soit « Capitaine Fracasse » ou « Princesse Bride ». C’est du roman d’aventures avec une ambiance de capes et d’épée, qui est super dynamique. On sent que l’auteur s’amuse vraiment à raconter son histoire, c’est communicatif et je trouve ça super. Il y a d’autres projets dans les tuyaux et pour l’instant ils ne sont pas tout à fait aboutis donc pareil je ne donne pas de date pour l’instant, mais j’espère qu’il y aura d’autres titres français pour 2012.

Fantasy Gate : Les ouvrages actuellement publiés sont plutôt féminins, penses-tu élargir le catalogue pour toucher plus de jeunes lecteurs ?

Barbara Bessat-Lelarge : C’est une de nos quêtes de 2012. On va essayer d’attirer le lectorat masculin. Donc on va avoir de l’horreur. J’ai un titre en janvier qui s’appelle « Traqueur » de William Hussey qui est euh… faut s’accrocher. Ça commence dès le prologue avec le sacrifice d’un ado. On n’a pas envie d’être à sa place. Et ça enchaine sur une histoire un peu bizarre avec un autre garçon. Ça se passe dans une toute petite ville d’Angleterre. Il y a un institut scientifique qui bosse plus ou moins sur la génétique. Un jour, le jeune garçon part rejoindre sa mère pour rentrer chez eux à pied, et pendant qu’ils rentrent chez eux il y a une espèce de type louche qui les suit. Il est accompagné d’une créature assez flippante et ça ne va pas se passer très bien. C’est une ambiance entre le film d’horreur et le suspense : Il y a du sang il y a des morts… etc.  Je pense que les fans de films d’horreur retrouveront la tension qu’il peut y avoir dans un film. Et sinon, les Zombies vont faire leurs arrivées. En février, il y aura « Apocalypse Zombie » de Jonathan Maberry. Des ados qui ont grandi dans un monde infesté de zombies. Il y a des scènes tout à fait apocalyptiques pour le coup. Ces ados vivent dans de petites villes barricadées et ils ne sortent pas de la barricade. Ils ont des idées préconçues sur les zombies et la façon dont ce sont passé les choses. Et là, notre héros, qui a une quinzaine d’années, voit tout en noir et blanc parce qu’il ne sait pas encore ouvert au monde extérieur, au monde des adultes. Il en veut à mort à son frère qu’il tient responsable de la disparition de ses parents. Il pense que son grand frère aurait pu sauver ses parents lors de la première nuit quand les zombies se sont relevés et petit à petit il va se rendre compte que ce n’est pas aussi évident. Que les gentils ne sont pas ceux qui peuvent le paraitre à première vu que le pire ennemie n’est pas forcément un zombie.

Fantasy Gate : Ces livres sont-ils vraiment du « Young Adult », on a l’impression qu’ils sont réservés à un public un peu plus mature ?

Barbara Bessat-Lelarge : Non, car les gamins commencent à vouloir regarder des films d’horreur à partir de 10ans. Après ils font juste des cauchemars. Mais à partir de treize ans non. Moi quand j’avais cet âge-là, OK je les regardais peut-être de derrière le canapé, mais je trouvais ça totalement fascinant. Et puis, quand on est ados, on n’a pas la même approche de la peur que lorsqu’on est adulte. La mort, c’est quand on devient adulte que ça devient difficile et qu’on veut protéger les enfants alors que ces derniers apprennent à domestiquer leurs peurs, ils n’ont pas la même peur de la mort que nous en fait.

Fantasy Gate : Dans les années 90, les livres dont vous êtes le héros connaissaient un véritable succès. Est-ce que Castelmore va en publier ?

Barbara Bessat-Lelarge : Alors, ils existent toujours, ils sont publiés chez Gallimard en Folio Jeunesse. Ils sont toujours au catalogue, mais pas tous. Mais la majeure partie des plus grosses séries est toujours éditée. On s’était renseigné justement parce que nous aussi on a grandi avec ça. Mais non, c’est chez Gallimard, ils continuent à les faire vivre donc tant mieux.

Fantasy Gate : Le bilan de cette première année d’existence de Castelmore. Avez-vous atteint vos objectifs ?

Barbara Bessat-Lelarge : On est globalement content. On a lancé un appel en pleine crise, donc c’était un peu risqué. Mais au final, au bout d’un an, nous avons 32 titres au catalogue. On est à près deux cent mille bouquins vendus. C’est plutôt un beau score, vu le marché en ce moment, on n’a pas à rougir de ce qu’on a fait. Ça veut aussi dire que le public est là. Ça donne envie de faire encore mieux pour l’année prochaine. Donc voilà, continuer à explorer cette ligne et à donner des livres sympas aux lecteurs.

Fantasy Gate: Où sera Castelmore dans 5 ans ?

Barbara Bessat-Lelarge : Je ne sais pas. J’espère qu’on sera toujours là ; enfin il n’y a pas de raison, a priori ; et qu’on continuera à faire ce qu’on aime parce que ça, c’est une grande liberté que j’ai chez Castelmore. Je peux faire les titres que j’ai envie de faire. Donc j’espère qu’on continuera à avoir cette liberté de choix et cette envie de partager ces choix. Après tout ce que je souhaite, c’est de pouvoir élargir ce qu’on me propose. Pour l’instant on fait du fantastique, pourquoi ne pas envisager du réalisme, on fait du grand format, pourquoi ne pas envisager le format poche. Il faut voir comment ça va se passer dans les années à venir. Pour l’instant la crise est toujours là, donc on essaie de ne pas avoir la folie des grandeurs. On continue notre petit bonhomme de chemin et si ça se passe bien, dans 5ans on aura encore plus de bouquins à proposer et voilà.

Fantasy Gate : C’est tout le malheur qu’on peut vous souhaiter…

Barbara Bessat-Lelarge : Merci

Fantasy Gate : Quels vont être les prochains gros ouvrages de Castelmore ?

Barbara Bessat-Lelarge : Alors au premier semestre, on va avoir la deuxième trilogie de Kelly Armstrong. C’est une auteure qui a toujours le même univers, c’est très cohérent qu’elle écrive pour adulte ou pour la jeunesse. La  bit-lit, avec tout ce qui peut y avoir dedans, s’adresse aux adultes. L’univers est cependant le même. C’est sa deuxième trilogie pour la jeunesse. On sent qu’elle a trouvé ses marques c’est hyper efficace. Ça commence encore plus fort et mieux que la première. C’est à mon avis une bonne série à suivre. On a d’autres héros, on a des noms qui reviennent donc on voit s’il y a une filiation au niveau des complots et des gens qui manipulent les jeunes ayant des pouvoirs paranormaux. Mais on a une atmosphère différente parce que là on est dans les grands espaces, on n’est pas dans un univers citadin comme on peut l’être au début avec « Pouvoirs Obscurs  ». Et là, dans « Clair Obscur » on est dans de grands espaces nord-américains avec des personnages qui ont d’autres types de pouvoirs. Il y a d’autres types de créature et d’autre type de pouvoirs. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas gâcher le plaisir.

Fantasy Gate : et les prochains coups de cœur de Castelmore ?

Barbara Bessat-Lelarge : Les coups de cœur ? C’est un peu tous les mois. Notamment des réécritures des romans de Jack London par deux auteurs qui s’appellent Tim Lebbon  et Christopher Golden. Ils ont fait le pari de réécrire les plus grands romans de Jack London en le mettant comme héros, mais avec du fantastique. Ils remettent la mythologie américaine, des créatures, des grands espaces américains en avant. Je pense que là on est à la fois sur du lectorat masculin et féminin. Il y a des passages où on n’aimerait pas être à la place du héros. Il y a une tension qui est super bien construite. Des romans magnifiques qui sortent un peu de ce qu’on fait d’habitude parce qu’avec Jack London, on s’attaque à un classique. Mais ça fonctionne très bien et c’est vrai que ce serait chouette d’avoir ça au catalogue. Donc ça, ce sera pour le premier semestre 2012.

Fantasy Gate : Pour terminer, quelles seraient les trois chansons qui résumeraient l’esprit de Castelmore ?

Barbara Bessat-Lelarge : Mon dieu des chansons, c’est super difficile parce que je ne suis pas de la génération de mes lecteurs donc ça va leur paraître super daté. (Rires)

Fantasy Gate : On mettra un lien YouTube.

Barbara Bessat-Lelarge : L’ambiance de Castelmore…. Alors là c’est vraiment une colle. Moi, je suis très Radio Head parce que c’est une musique sympa quand je travaille, c’est une musique d’ambiance relativement calme donc je peux travailler en même temps. Mais euh il y a Gorillaz aussi.

Fantasy Gate: Ça va Gorillaz…

Barbara Bessat-Lelarge : Oui ça va c’est un peu plus actuel je suis une fan de Blur de la première heure, c’est un peu plus daté déjà, mais Gorillaz je pense que par l’éclectisme des intervenants et autre que c’est un peu le même principe. On invite pleins de gens d’horizon très différents  pour essayer de construire quelque chose ensemble donc oui Gorillaz, c’est un bonne approche.

Fantasy Gate : Merci d’avoir répondu, et on a hâte de voir ce qui se profile.

Barbara Bessat-Lelarge : Merci à toi, les programmes ne devraient pas tarder à tomber donc je vais essayer de communiquer un  peu plus sur le blog de Castelmore, parce que c’était un peu compliqué cette année. Mais c’est quelque chose qui me tient à cœur pour faire découvrir les auteurs un peu avant la sortie des livres pour que les lecteurs sachent vers quoi ils vont et découvrent l’univers des auteurs en toute connaissance de cause.

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  • Lila

    Je suis assez dubitative tout de même. Quand on voit la difficulté des auteurs à se faire éditer, je suis surprise de savoir que le premier auteur francophone édité par Castelmore sera une personne qui n’a même pas encore fini d’écrire le roman. O_o
    Soit c’est un manuscrit absolument incroyable, soit il y a du piston derrière.

    A part ça, super interview, super intéressante. 😉

  • FantasyGate

    je pense aussi.

  • Christopher Golden qui réécrit London ? Ca peut être amusant ça 🙂