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Entretien avec Antoine Rouaud

Antoine_Rouaud

À l’occasion de la future sortie chez Bragelonne du tome 2 de la saga Le Livre et l’Épée, Antoine Rouaud a eu la gentillesse de répondre à quelques-unes de nos questions. Nous remercions la maison d’édition, Marie Lechevalier et bien sûr Antoine Rouaud.

FantasyGate : Bonjour, Antoine.

Antoine Rouaud : Bonjour.

FG : Quel est votre premier souvenir (livre, ciné, série) d’univers fantastiques ?

A.R. : Si je devais vraiment en ressortir un seul, je dirais E.T. de Spielberg. Je crois que c’est le premier film que j’ai vu au cinéma, je devais avoir trois ans seulement. Et il a véritablement bercé mon enfance. Pas seulement par son histoire, mais par sa mise en scène, sa musique. Maintenant, quand je le revois, j’analyse pourquoi il m’a tant frappé et comment la forme, le choix des plans, la photographie, la direction d’acteur, la narration sont importants. Parfois, le sujet d’un film comme d’un livre peut être relativement bateau, la forme pourra lui donner un véritable sens. 

FG : Comment est née votre saga Le Livre et L’Épée ?

A.R. : Par une rencontre. Celle de Stéphane Marsan à qui j’ai proposé un premier roman, mais dont le contenu, trop jeunesse, n’a pas pu être publié. En revanche, il était intéressé par ce que je pouvais écrire de nouveau et m’a donc demandé une nouvelle histoire, plus adulte. Pour moi, c’était une porte qu’on m’ouvrait et je me disais que je n’avais pas le droit à l’erreur. En un soir, j’avais la majorité de l’histoire en tête, ce que je voulais raconter et pourquoi. Je disais : c’est le moment. Montre ce que tu peux faire. Donne-tout.

Je ne sais pas si j’ai réussi, parce que l’ambition, si elle permet de se lâcher totalement, débride parfois un peu trop. Et je ne suis pas du genre à me satisfaire, je sais pertinemment que je ne cesserais jamais d’apprendre, de vouloir m’améliorer.

FG Le personnage de Dun-Cadal a un petit côté Obi Wan Kenobi. Êtes-vous un fan de Star Wars ?

A.R. : Je ne le voyais pas comme Obi-Wan Kenobi. Du tout. Cela dit, oui, je suis un fan de Star Wars, fan de chez fan même. Seulement, c’est oublier que l’archétype du mentor n’a pas été inventé par Georges Lucas. Il a intelligemment repris les éléments fondateurs du mythe, comme l’a décrit Joseph Campbell. Il est donc facile, voire courant, de reconnaître dans des œuvres fantastiques un parallèle avec Star Wars. Puisque Star Wars est, par essence, une transposition de toutes les grandes figures mythiques.

De même, certains font un parallèle entre le Souffle, le pouvoir dans la Voie de la Colère, et la Force. Mais j’ai aussi lu Dune d’Herbert, Charlie de Stephen King, etc. ou des pouvoirs sont quelque peu similaire.

Dun-Cadal me semble plus proche d’un Bragon de la Quête de l’oiseau du temps qu’un Obi-Wan. Il n’est pas sage, il est bourru, usé par la vie et sa moralité peut être critiquable. Il ne faut pas oublier qu’il est raciste, misogyne et assez imbu de lui-même à certains moments de l’histoire. Ce qui en fait un mentor, ce n’est pas tant ce qu’il montre de lui ostensiblement, c’est surtout sa façon d’évoluer, le rapport qu’il a avec le jeune Grenouille. Et l’humanité dont il fait preuve tout au long du livre quand il est présenté comme un homme détestable au début de l’histoire.

FG : Les thèmes principaux du tome 1 sont la vengeance et la colère, sentiments que tout Homme possède. Est-ce que ces émotions sont forcément salutaires pour nous ?

A.R. : Salutaire ? Non, bien évidemment non. En réalité, ce premier livre était pour moi une allégorie du passage à l’âge adulte. Tout est construit sur cela d’ailleurs. On passe d’un Empire où on s’occupe de vous, même de façon tyrannique, où l’on vous dit quoi faire, quand faire et comment faire, à une République où les gens ont la possibilité de choisir, d’être responsable. En grandissant, on apprend à voir les choses autrement, à découvrir les nuances…

Adolescent, j’avais pas mal de colère, sur la vie, les gens. Et avec souvent l’envie de prendre une revanche sur les jugements des uns et des autres, quelques professeurs par exemple. En ceci, je me sens plus proche d’un des personnages principaux, sur cette envie de se surpasser, de prouver.

FG : Que va-t-il se passer dans le prochain tome, Une lueur sous les Cendres ?

A.R. : C’est difficile d’en dire beaucoup au risque d’évoquer la fin du premier tome. Disons que certains personnages vont avoir fort à faire avec eux-mêmes, ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils auraient souhaité devenir. Il y a toujours l’idée forte du destin, est-il écrit ou non ? Il y aura plus de violence, car le monde est montré de façon plus adulte, plus de complexité dans les rapports humains également. Si le premier tome représentait justement l’adolescence et ce qu’on découvre sur soi, les voies que l’on choisit, le second évoquera les conséquences de ces premières décisions… 

FG : Combien de tomes avez-vous prévus pour votre saga ? Quelle en serait la trame ?

A.R. : Trois. Je reste sur une Trilogie, je n’en bougerais pas. Il y a trois actes bien définis. On suit principalement l’évolution d’un des personnages du premier tome, ce qu’il va apprendre, les vérités comme les mensonges auxquels il sera confronté. Et ce qu’il arrivera à faire de sa vie. Il y a une promesse faite dans la voie de la colère. Elle se doit d’être tenue.

FG : Votre 1er opus a eu droit à un lancement mondial. Comment avez-vous géré cette pression ?

A.R. : Étrangement, je ne sais pas encore. J’étais autant heureux que, non pas blasé, mais à mille lieues en-dessous de ça. Comme si ça me passait au-dessus, plus inquiet de la réception du livre que fier de ce qui m’arrivait. Je dois être assez pessimiste en réalité. Tout pourrait s’arrêter demain. Pourrais-je finir ce deuxième tome ? Sera-t-il aussi bien accueilli ? Et le troisième ? La Trilogie sera-t-elle encore disponible dans dix ans ? J’ai envie de vivre de ma plume, que ça ne soit pas un « coup », que je fasse d’autres romans, que je raconte d’autres histoires… On en revient à cette ambition d’adolescent. Prouver. Prouver que je peux y arriver.

FG : Avez-vous d’autres projets ?

A.R. : D’autres récits, oui. J’ai une histoire pour enfants en gestation ( l’histoire, pas les enfants), j’ai envie aussi de revenir à des univers plus space-opéra ou la science-fiction. J’ai fait des feuilletons audios, disponibles sur le site audiodramax.com, et je sais qu’on me demande la suite de l’un d’eux notamment. J’ai plein d’idées, plein d’envies. J’aimerai revenir au théâtre aussi, un domaine que j’ai étudié quelque temps.

FG : Pouvez-vous nous citer 3 musiques de films, de séries ou de chanteurs qui pourraient refléter votre personnalité ou votre saga ?

A.R. : Gen-Sys freedom de la bande originale de Rise of the planet of the apes, The Imperial March de The Empire Strike Back – le talent de John Williams même s’il a compose énormément de themes mythiques, celui est l’un des plus fabuleux et en dernier… Le dernier Souffle, un des morceaux que j’ai composé pour la dernière saison de mon feuilleton audio Eden Sacrifice.

FG : Merci, Antoine.

A.R. : Merci à vous. 

Crédit Photo : © Bragelonne.

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