«

»

Édito de Mai : les tombeaux de l’abandon

Poche-Sang_0Au détour de la machine à café de mon lieu de travail, une de mes collègues se plaint de l’arrêt de sa série préférée du moment : Being Human sur BBC Three. Elle essaye d’expliquer que c’est inadmissible, que les chaînes se moquent éperdument de leur public, que c’est un manque de considération, j’en passe et des meilleurs…

Si je mets à part la véhémence qui la caractérise, je ne peux qu’adhérer à son propos et constater cette généralisation qui va bien au-delà de la télévision.

Je ne compte plus les pierres tombales qui jonchent les allées du cimetière de l’abandon. Car, entre les séries télévisées et les romans, il n’y aura pratiquement plus de places ! Il va falloir songer à la crémation.

Depuis un certain temps, les médecins nous expliquent que la principale cause de décès d’une série littéraire ou télévisuelle n’est autre qu’un douloureux cancer qui ronge les bourses des producteurs et des éditeurs : la rentabilité.

On aura beau m’expliquer qu’un livre doit rapporter de l’argent et qu’une série doit amener du public et des annonceurs, je trouve que ces arguments ne tiennent plus la route. Au bout d’un moment, on a le droit de se demander si nous ne sommes pas les dindons d’une farce cupide.

Quand un livre sort en libraire et qu’il fait partie d’une longue saga, on s’attend à ce que tous les romans soient traduits ou publiés. Mais le plus souvent, pour les moins vaillants, ils sont euthanasiés le plus rapidement possible, sans état d’âme des médecins. Qu’en déplaise à ces chers disciples d’Esculape, mais l’installation d’une saga prend du temps, à l’instar d’un traitement antiviral.

Pour les séries télévisées, c’est le même combat. Les grands manitous des chaînes décident un petit peu trop subitement de stopper la diffusion en raison de mauvaises audiences. Le plus grave, le plus odieux à mon sens, est la commande d’épisodes supplémentaires. On allonge la durée de vie pour qu’au bout du compte, les praticiens déclarent le décès par communiquer de presse, sans que l’histoire ait une fin décente.

Après, il ne faut pas non plus faire de l’acharnement thérapeutique. Quand une série est devenue rachitique, parkinsonienne et reléguée dans les maisons de retraite aux doux noms, mais pourtant si évocateurs tels que « La Publication tous les deux ans » ou « Les Horaires improbables de 5e partie de soirée », il faut se rendre à l’évidence, ça sent le sapin.

C’est à ce moment-là qu’on peut alors commencer notre deuil et graver en lettre d’or sur les stèles de ces œuvres décédées l’épitaphe :

Il vaut mieux te pleurer que ne pas t’avoir connu.

Lien Permanent pour cet article : http://fantasy-gate.fr/site/edito-de-mai-les-tombeaux-de-labandon/